VOLEURS ! (extrait)

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20/08/2013 par Thomas Fiera

Voleurs !

(Une aventure de Thomas Fiera)

Emmanuel Marquès, l’homme qui me faisait face, m’inspirait des sentiments nuancés pour ne pas dire contradictoires. Autoritaire, arrogant, il avait l’impatience de ceux qui ont l’habitude d’être obéis et qui sont par ailleurs persuadés de tout comprendre mieux et plus vite que leurs contemporains. Portant beau malgré son grand âge, il arborait une crinière blanche dont on devinait rapidement qu’elle était son ultime coquetterie. Il parlait bref. Sèchement. Et par petites rafales agressives. L’archétype même du vieillard insupportable et tyrannique qui avait fait chier des générations entières de parents et de collaborateurs et que j’aurais eu grand plaisir à envoyer rebondir à l’autre bout de la planète. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher d’éprouver de la sympathie ou tout au moins du respect  pour ce vieux guerrier qui, dans un combat qu’il était trop intelligent pour ne pas le savoir perdu d’avance,  n’avait jamais renoncé à imposer sa volonté à la réalité.

– Et bien ? Vous m’écoutez ou vous rêvassez ?

Il avait violemment frappé la surface de son bureau, me faisant sursauter comme un gamin pris en faute.

– Foutue génération de branleur ! Ça vous a tous rendus sourds ma parole !

– Si j’en crois la façon dont vous tapez sur ce bureau, vous avez dû avoir un sacré coup de poignet vous aussi.

Il me regarda sans rien dire pendant un long moment. J’aurais largement eu le temps d’aller m’acheter un steak et de le faire cuire. A point. Quand il eut finalement renoncé à me lancer à la tête le lourd presse-papier en cristal et argent qui ornait son sous-main, il éclata d’un rire clair et sonore. Le genre de rire qui vient de loin.

– Et bien je présume que je l’ai bien cherché, dit-il en souriant. Ce n’est pas tous les jours que je me fais remettre à ma place. Ça fait du bien de temps en temps.

– Vous le pensez vraiment ?

Il rit de nouveau.

– Pas le moins du monde. J’ai horreur de ça !

Je ne pus m’empêcher de lui sourire. Il commençait à me plaire ce vieux schnock.

– Voilà qui me rassurerait plutôt. J’ai tendance à me méfier des culs-bénis qui acceptent trop facilement de se remettre en question. C’est louche.

– Vous devriez rencontrer mon gendre Philippe, c’est un modèle du genre. Mieux qu’une girouette : il suit le vent avant même qu’il ait tourné. Aucune personnalité. On croirait voir un basset implorant un sucre.

– C’est beau l’amour familial.

Un peu d’ironie facile, ça ne fait de mal à personne.

Sauf à mon interlocuteur apparemment. J’avais du dépasser mon quota d’humour pour la décennie.

– Facile à dire ça, mon vieux. Vous êtes un fils de prolo – ça se voit tout de suite – et vous ne pouvez pas comprendre. L’amour c’est bon pour les caniches et les pauvres. Nous, nous avons une histoire, une fortune, des privilèges à défendre.

S’il pensait que j’allais me laisser démonter par son couplet aristo élitiste, il pouvait aller danser la rumba sur la face cachée de la Lune.

– Vous devriez arrêter de regarder les soaps brésiliens sur le câble. Votre texte s’en ressent.

Il tapa de nouveau sur son burlingue.

– Vous avez une foutue grande gueule jeune homme ! Mais je crois que c’est précisément ce dont j’ai besoin aujourd’hui.

– Vous ne m’avez encore rien expliqué, mais laissez-moi vous dire que si vous m’appelez encore une seule fois jeune homme vous allez vous retrouver comme un ténia : solitaire et dans la merde.

(à suivre chez numeriklivres : http://t.co/meYHLGbZZF)

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