Les gros mots

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15/10/2013 par Thomas Fiera

L’autre jour je me promenais sur les quais en fouinant chez les bouquinistes quand je me fis bousculer un peu violemment par un jeune gars qui roulait des épaules. Avec le flegme et la bienveillance qui me sont coutumiers, je fis remarquer au brimborion en question qu’il devrait faire plus attention à ses contemporains et au lieu d’opiner poliment et de passer son chemin, il eut l’idée saugrenue de me proposer, en des termes peu courtois, de me livrer, avec moi-même, à des actes moralement discutables et physiologiquement peu réalistes.

Soucieux de l’édification de mes contemporains et ayant la fibre pédagogique chevillée au corps, je lui enseignai donc les bonnes manières que des parents défaillants ou surbookés avaient omis de lui transmettre. Quand je l’abandonnai sur le trottoir, le nez en sang et les testicules en sautoir, je pus percevoir, non sans fierté, une nuance de reconnaissance dans ses gémissements de petit chien.

La douleur est structurante comme disent nos amis les psys.

Tout  ça pour vous dire que je déplore l’usage intempestif et hors de propos des gros mots, insultes et autres grossièretés.

Sans doute suis-je un peu vieux jeu, mais je trouve navrant qu’au lieu de les ridiculiser d’un bon mot, d’une saillie assassine ou d’un pamphlet rageur, on s’en prenne aux cuistres, aux fâcheux et aux imbéciles en les injuriant.

C’est se mettre à leur niveau, qui est celui du caniveau.

Même avec une excavatrice, une lampe torche et une carte d’état-major, je ne saurais trouver au fond de moi ne serait-ce qu’un gramme d’estime pour Nadine Morano qui est un parangon de toute ce que j’abhorre : vulgarité, bêtise veule, bassesse, j’en passe et des meilleures.  Mais je trouve indigne que l’on s’abaisse à l’injurier en des termes vulgaires et orduriers.

D’autant que le comportement, le discours et les positions de cette femme politique, que la galaxie entière nous envie, suffiraient à alimenter pour une vie entière, une armée d’humoriste en mal de sujets.

Aujourd’hui, tout le monde semble se sentir autorisé à injurier son prochain. Simples citoyens, humoristes, attaché parlementaire, hommes politiques et même naguère Président de la République, tous y vont de leurs gros mots, de leurs injures ou de leurs invectives de bas étage.

Où est le respect dans tout cela ? L’humour ? L’esprit ? L’intelligence ?

S’en offusque-t-on que l’on passe pour un vieux barbon réac ne comprenant rien à l’humour Rabelaisien. C’est se hausser soi-même ou rabaisser gravement ce génialissime écrivain que de comparer ses écrits aux pauvres éructations que l’on entend ici ou là sur les ondes.

File:Francois Rabelais - Portrait.jpg

Alors oui, je pense que l’on peut, voire que l’on doit user de l’ironie, de la charge, de la caricature même la plus violente, la plus méchante, la plus dévastatrice,  à l’encontre de ses adversaires idéologiques. C’est de bonne guerre. Mais interdisons-nous ces insultes de cour d’école ou de cour de prison. Et dussions-nous en user, acceptons-en alors les conséquences : injure, procès, duel ou une bonne baffe dans la gueule.

Car au fond ce qui me dérange le plus dans tout cela, c’est qu’à l’instar du morveux que j’évoquai au début de ce billet, les pauvres en esprit qui n’ont que l’injure à la bouche, se l’autorisent car ils se pensent – les lâches – en situation d’impunité.

Quand Ossip Mandelstam, le poète russe, injurie Staline dans un poème, il sait qu’il risque sa vie.

Ses doigts épais sont gras comme des asticots,
Et ses mots tombent comme des poids de cent kilos.

Il rit dans sa moustache énorme de cafard,
Et ses bottes luisent, accrochant le regard.

Il écrit ces mots et finira sa vie au goulag, victime des privations et des mauvais traitements.

Il est heureux que nous puissions, aujourd’hui, nous exprimer sans risquer de tels châtiments, mais est-ce une raison pour mésuser de cette liberté en nous comportant comme des racailles ? Si l’on n’a que le mot merde à la bouche, c’est que l’on confond celle-ci avec son cul.

En ce cas il est grand temps de consulter un psychiatre, un proctologue ou plus certainement de relire Voltaire, Montesquieu, Swift et Rabelais pour comprendre quel usage réellement subversif on peut faire de la provocation et du langage.

Et toc !

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8 réflexions sur “Les gros mots

  1. Lelius dit :

    Voilà, ces choses là sont dites, et bien dites!
    Mais comment voulez-vous que ceux qui ont un cul à la place de la bouche puissent relire un Rabelais ou un Voltaire qu’il n’ont jamais lus… tout bonnement parce que – inéluctable conséquence morphologique – ils sont aveugles : il est en effet bien difficile de ne pas l’être, une paire de testicules obstruant le regard.
    C.Q.F.D.

  2. Lelius dit :

    ilS, évidemment. Pardon!

  3. Je me fais traiter de snob si j’ose affirmer que le monde va à l’envers. Non seulement on adule des gens creux qui perpétuent un vide intersidéral en guise de conversation, mais on est en plus incapable d’expliquer pourquoi. Merci les médias, merci l’ambiance bête et simplette. Si j’aime les gens simples, je déteste les gens qui ont un plus gros écran de télé que leur bibliothèque.

    • jbferrero dit :

      Les livres sont séditieux car ils rendent intelligents… et un humain trop intelligent sera un mauvais consommateur, car un consommateur critique… Certains sont donc en train de nous concocter un genre de dictature « molle » (façon « le meilleur des mondes ») afin de faire de nos concitoyens de bons consommateurs dociles et sans idées, sans passion, sans conviction… Lire est aujourd’hui une forme de résistance. Vivent les rêveurs, les lecteurs, les poètes et les gens inaptes à la consommation béate et sans état d’âme. J’aime les états d’âme car ils signifient que j’ai une âme même si elle est dans un drôle d’état !!!!!

  4. Sami dit :

    Cher Admin, connaissez vous cette personne qui partage vos texte sans vous citer ? http://www.tunivers.com/2014/02/3769/

    • Thomas Fiera dit :

      Bonjour Sami. Non je ne connais pas ce monsieur et je vais de ce pas lui dire ma façon de penser… merci de l’info…

  5. Sami dit :

    * vos textes

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