SEA, SECTE AND SUN (épisode 1)

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24/10/2013 par Thomas Fiera

Les neuf personnes qui me faisaient face étaient assises derrière des tables qui formaient un genre de grand U évasé. Debout entre les branches de ce U, les mains jointes dans le dos, façon sergent instructeur, je les regardais à tour de rôle tout en leur débitant un laïus sur les beautés insoupçonnées de la communication non verbale chez les félins domestiques, Felis silvestris catus, le greffier, le matou, le chat.

Comme toujours dans ce genre de circonstance, les réactions du public couvraient une gamme assez large : maussaderie renfrognée, ennui, hostilité pleine de morgue, ironie, curiosité étonnée, intérêt poli, adhésion sans frein, orgasme imminent.

En ce qui concerne ce dernier point, il concernait une ravissante petite chose blonde entre deux âges qui, la veille, s’était présentée au séminaire habillée au décrochez-moi ça, le teint brouillé, non maquillée et des pulmolls au coin des yeux. A ma vue, elle avait parue comme électrisée. N’ayant guère de quoi me glorifier dans ma chair, hormis un charme largement résistible, j’avais mis cela sur le compte d’une démence précoce ou d’une frustration sexuelle prolongée. Peut-être lui rappelais-je un amour d’enfance ou son lapin en peluche ? Quoi qu’il en soit, elle avait profité de la pose de dix heures pour se replâtrer la façade et ce matin, avait débarqué largement en avance, nibard au vent et son joli postérieur moulée dans une minijupe au ras de la glotte.

Bref.

Je ne m’étais pas livré à cet exercice depuis déjà un certain temps, et j’avoue que j’éprouvais un certain plaisir à pérorer ainsi en public. Quoiqu’affligé d’une timidité surhumaine ou peut-être bien à cause de cela, je suis un affreux cabotin et quand je renonce à ma taciturnité naturelle – proche de celle d’un ours des Appalaches souffrant d’hémorroïdes – je peux me lancer dans des shows où la drôlerie et l’absurde le disputent à une indéniable virtuosité linguistique couplée à une culture aussi vaste que diversifiée.

Enfin disons que c’est ce que je me plais à croire.

Mes amis disent plutôt que je suis un vrai raseur.

Je ne vous répèterai pas ce que disent mes ennemis.

Passons.

Ma brillante intervention mêlait les anecdotes sur mon chat Bonnot – vieil anar félin, lunatique et atrabilaire – à des références plus littéraires – Perrault, Soseki, Tanizaki, Hoffman… – ou scientifiques – Desmond Morris et ses petits camarades. Elle avait vocation à introduire de façon décalée et un peu ironique la deuxième journée d’un séminaire consacré à la communication interpersonnelle en entreprise.

regard de chat noir

Pour être tout à fait honnête et si on excepte ma blonde supportrice qui semblait prête à venir se frotter contre ma jambe, la majorité des participants donnait tous les signes de s’en tamponner le coquillard avec une patte d’astrakan.

C’est le destin des esprits d’exception que de se ruiner le moral et la santé à donner des perles aux cochons.

En réalité, je m’en foutais encore plus qu’eux puisque de toute façon ce rôle de formateur n’était qu’une façade et que ma présence était motivée par d’autres raisons que la volonté effrénée et missionnaire de contribuer à l’édification comportementale de mes contemporains.

Ça fait belle lurette que je ne nourris plus le moindre espoir sur la capacité de l’homo sapiens sapiens à devenir un jour un animal réellement civilisé. Dans le meilleur des cas il peut lui arriver d’être supportable, parfois même fréquentable et très exceptionnellement aimable. La plupart du temps, il est juste idiot, mesquin par essence et méchant par mégarde. Il n’écoute pas quand on lui parle, ne comprend pas quand il écoute et fait n’importe quoi quand il comprend. Par ailleurs c’est souvent un grand con sympathique et rigolo qui a au moins pour qualité d’avoir inventé la littérature, l’expresso, le vin de Bourgogne et les jupes moulantes.

Et toc !

Alors me direz-vous, si je n’étais pas là pour édifier mes frères humains, que diable faisais-je en cette galère ? Et bien je faisais mon travail : j’enquêtais.

(si vous voulez connaitre la suite : cliquez là…)

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