Et pendant ce temps, à Kiev…

7

20/02/2014 par Thomas Fiera

Aujourd’hui je n’ai pas envie de rire.

Pas envie d’être drôle.

Tandis qu’en Ukraine des gens meurent pour leurs idées, qu’en Thaïlande des manifestants risquent leurs vies et qu’au Venezuela des étudiants se font tirer comme des lapins, la France est agitée par des débats idéologiques de première importance : est-il pertinent pour de jeunes enfants de lire « Tous à poil ! » ? Un Président de la république peut-il se faire tirlipoter le chihuahua hors des liens sacrés du mariage ? J’en passe et des meilleurs !

Qui sont les protagonistes de ces passionnants débats ?

A ma droite, un ramassis de culs pincés, terrorisés par le changement et l’évolution du monde et que leur état de glaciation mentale continue à faire vivre au fond de la province française des années 50.

A ma gauche, des agités du bocal qui n’aiment rien tant que jouer à se faire peur à peu de frais et crient à l’inquisition dès qu’un crétin démagogue à la lippe caméline (suivez mon regard) s’empare d’un sujet à haute valeur ajoutée électoraliste : hier les pains au chocolat, aujourd’hui « tous à poil ! ».

A mon centre, l’immense armée des mous du genou qui du Modem au PS rêvent de diriger la France en bon père de famille, sans vague, sans passion sans projet, comme s’il s’agissait d’une pharmacie familiale où l’on vendrait plus de laxatifs et de bandages herniaires que de préservatifs parfumés à la banane.

Faut-il y voir le signe d’une démocratie tellement sereine qu’elle n’a plus à se mettre sous la dent, en matière de débat, que d’aussi futiles billevesées ? Ou bien est-ce au contraire l’indice d’une dictature molle où les vraies questions étant confisquées par une oligarchie faussement bienveillante, ne reste plus au peuple que de creuses discussions et de faux combats ?

A moins – et c’est bien cela que je crains – que nous ne soyons devenus qu’une lointaine banlieue du monde, un grenier confortable mais poussiéreux qui vivotant sur les marges n’a plus à se préoccuper que de microscopiques enjeux, de petites choses sans importance, de hochets.

Toutes mes pensées vont vers ces Ukrainiens que je connais si peu et vers leur combat que je connais si mal et à propos duquel je me garderai bien de prendre parti, tant les dernières décennies ont montré qu’il était bien vain de décerner hâtivement des certificats de « gentils » ou de « méchants » dans ce genre de conflit. Mais gentil ou méchant ils meurent. Gentils ou méchants, ils sont plusieurs dizaines qui ne rentreront pas chez eux et que leurs proches attendront en vain et je suis triste pour eux car personne ici-bas ne mérite de voir sa vie s’achever avant son terme naturel.

Ils meurent et, paradoxalement, c’est le signe qu’ils sont vivants.

Comme les Thaïlandais, les Egyptiens, les Tunisiens, les Vénézuéliens et tous ces peuples qui se battent pour leurs droits.

Quant à nous, nous avons Jean-François Copé. L’homme qui a tellement rien à foutre de ses journées que son sang ne fait qu’un tour en lisant des livres pour enfants.

Nous avons aussi Estrosi, Mélanchon, Montebourg, Jacob, sans parler des DSK et autres NKM qui ont tellement honte qu’ils ne se font plus appeler que par leurs initiales, comme les MST.

A quel moment de notre histoire avons-nous à ce point gravement merdoyé que nous en arrivions au stade de mériter des cuistres de cette espèce ?

Danton. Gambetta. Clémenceau. Blum. Mendès France. De Gaulle. Copé.

Cherchez l’erreur.

Copé !

Le degré zéro de la politique. Le degré zéro de l’humanité quand elle a décidé d’être veule, mesquine, égoïste, bête et vulgaire. Copé est à la politique ce que la fosse des Mariannes est à l’océanographie : il faut un bathyscaphe pour l’atteindre et une fois parvenu là, on n’y trouve que des formes de vie blanchâtres, translucides, improbables. Ce sont les pensées de Jean-François Copé. Des ectoplasmes de pensées flottant entre deux eaux, comme de longs filaments d’albumine, du protoplasme, du presque quelque chose qui n’est jamais que du rien.

Et pendant qu’à Kiev la rue s’enflamme, qu’en Iran on pend les poètes et qu’à Caracas on tire sur la jeunesse, Jean-François Copé s’écoute parler avec délectation, suçotant ses phrases creuses avec des mines de chameau polisson.

Ça me fatigue.

Pas vous ?

Aujourd’hui, je serais assez fier d’être Ukrainien mais je devrai me contenter d’avoir un peu honte d’être Français.

Et toc !

 

 

Publicités

7 réflexions sur “Et pendant ce temps, à Kiev…

  1. Lelius dit :

    J’aime votre manière de dire et j’aime ce que vous écrivez, bien que je ne partage pas tous vos points de vue. En tout cas je rejoins l’essentiel du propos, et tout particulièrement l’humanisme qu’il affiche. Comme vous,, et hélas depuis bien plus longtemps que vous, j’ai mal à ma France.
    Hier, un journaliste de télévision concluait ainsi son journal qui venait de faire un inventaire pourtant incomplet, et déjà terrible, des misères du monde : « Je vous rappelle l’information majeure de la journée, la France vient de gagner deux médailles de plus à Sotchi. » MAJEURE! Une médaille pour 12 morts et demi…

    Continuez de vous battre! Pour ma part j’ai déjà quitté la partie!

    • jbferrero dit :

      Pour ma part je la quitterai les pieds devant. C’est de famille. L’indignation et l’émerveillement sont les deux ressorts de ma vitalité. Merci à vous.

  2. Chris dit :

    Moi je n’ai pas honte d’être française … même si je n’aime pas (le mot est faible) le comportement de certains.

    Mais en France nous avons aussi la possibilité de nous indigner, de nous révolter, d’agir pour certains… Sańs pour autant risquer la prison.

    Alors, oui, je partage vos propos, et oui, je suis scandalisée … Mais (vous l’ai je déjà dit ?) l’année dernière, des enfants de 3 ans dormaient dans des garages, en plein hiver… Tout le monde s’en foutait. J’ai aidé un peu, d’autres ont fait beaucoup… Alors, oui, on peut faire quelque chose, se révolter contre la bétise,…
    C’est toujours possible. Au moins en paroles.

    • jbferrero dit :

      Vous avez raison. La première révolution à mener est contre nous mêmes et contre nos égoïsmes et nos lâchetés. Et quand je dis que j’ai honte d’être français c’est en réalité une façon un peu « confortable » de dire que j’ai honte d’être moi-même. Car c’est très facile d’écrire de belles phrases au chaud dans son bureau quand d’autres – où que ce soit – agissent pour changer le monde. Merci de vos paroles.

      • Chris dit :

        Bonjour
        Les mots sont déjà un 1er combat. Il y a des gens qui se taisent, qui se complaisent …
        Vous menez déjà quelque chose en réveillant les esprits !!!
        C’est bien. Soyez-en fier !!!

  3. Salut JB ( suis-je familière, quand même ) j’ai mis trois fois « oui » hier sur ce post. bon, pas grand chose, mon approbation, pas reçue ? Pas grave. En suivant ce qui se passe en Ukraine hier sur Arte, je repensais à ce que tu disais sur le fait qu’il faut rester prudent, parce que dans cette foule résistante, on le sait, il y a de manière certaine des gens peu recommandables, de ceux que nous vilipendons souvent ici, avec férocité; mais il y a des morts ( et en Syrie, un truc genre 125 00, dont enfants, civils lambdas ), quels qu’ils soient,, la violence de ces tirs à balles réelles est insupportable. Je suis depuis toujours une admiratrice de Gandhi ( je sais, de nos jours, ça fait « neuneu » !!! mais j’assume ). Les cons nous auront le jour où nous utiliserons les mêmes armes qu’eux, non ? En tous cas, nos jugements occidentaux ont fait des tas de ravages au cours de l’histoire et partout dans le monde, gardons-nous d’être péremptoire, mais gardons notre soutien aux résistants de bonne volonté. Je ne suis pas sûre d’avoir bien exprimé ce que je ressens, mais par exemple, l’après « printemps arabe », tu vois ? Qu’en dire, hein ? Si ce n’est que vu de chez nous c’est une tyrannie pour une autre ? Qu’en est-il aussi de ce qui est en train de faire son chemin en Turquie ? Que se passe-t-il ICI ? Tout ça est une lente érosion de ce qu’on appelle la démocratie, qu’il faudrait peut-être repenser, j’en sais rien. Tout ce que je sais c’est que ce monde est violent, de plus en plus. Ce que dit Chris, sur les enfants dans les garages, j’approuve, qui ne le ferait pas ? Je doute juste parfois des gens qui se sont donné le rôle d’aider ces enfants ( pas Chris, ça va de soi, c’est une copine ). Quand j’étais jeune, j’ai été aidée par le Secours Populaire à qui je voue une reconnaissance éternelle. Je suis allée à un de leurs accueils par ici, il y a un an ou deux et j’ai été outragée par la façon de parler du bonhomme à une famille qui venait chercher des jouets d’occasion à acheter à Noël ( il faut pas donner, c’est pas bien, pas pédagogique…enfin bref ! ). Il faut dire que le petit garçon de quatre ans, disons, était un peu bronzé et sa maman portait un foulard ( juste un fichu, hein ) sur la tête…Et je te raconte pas le discours ! On voulait créer un coin lecture pour les enfants dans cette boutique, où les gens en demande viennent aussi pour parler…Du coup, on a laissé tomber, le mec y mettait sinon un refus,du moins de la mauvaise volonté, et vu l’accueil, on s’est dit aussi que les gens ne devaient pas rester bien longtemps…Bref, ça remet en cause les gens de ces associations, enfin pour moi, après…

    • Chris dit :

      Vas-y ma Lectrice en Campagne à moi, fais péter, tu as raison !!!
      J’admire aussi Gandhi, et tous ces hommes et ces femmes qui font que le monde sera meilleur.
      Tu le sais, dans les associations humanitaires, y’a des bons, y’a des moins bons… comme partout. Quand j’allais voir ces enfants, je ne faisais aucune morale aux parents, qui avaient vu la guerre (les enfants aussi d’ailleurs). J’étais juste là, présente, un petit plus dans ce monde de brutes. Une fois (alors qu’on n’avait pas le droit, un paquet de bonbons), une autre fois, des bouillotes de fortunes (avec bouteilles en verre). Et tu sais ce qui m’a touchée le plus ? Un petit garçon qui n’avait rien, mais RIEN, et qui m’a offert un jouet « kinder surprise », qu’il avait, parce qu’il m’amait bien. Sa maman m’a dit gardez le. Cela fait plus d’un an, je l’ai toujours. Une maie m’a dit « God bless You ». J’en ai vu du malheur, sans jamais pleurer (j’étais au Samu Social), mais je n’ai jamais autant pleuré que devant le courage de ces gens. Tu sais qu’on n’avait pas le droit d’appeler le 115 pour qu’ils soient hébergés ? Des enfants !!!
      C’est par les mots qu’ont changera les choses. Je le crois très fortement.
      Bises
      Kiki (qui pense à toi)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Entrez votre adresse mail pour suivre ce blog et être notifié par email des nouvelles publications.

Rejoignez 2 036 autres abonnés

Stats du Site

  • 150,237 visites

Une radio interdite aux cons !

écoutez la radio des auteurs

Faites gaffe !

Tous ces textes m'appartiennent, vu que je me suis cassé les choses à les écrire. Alors je tiens à prévenir celui qui serait tenté de les détourner sans citer ses sources ou a des fins personnelles qu'il aura la visite d'Adélaïde Renucci. Voilà. Vous êtes prévenus. Non mais !

Vous perdez rien pour attendre.

Le jour où je vais mettre des baffes à tout ce qui bouge17 août 2037
19.8 années restant(s)

Archives

%d blogueurs aiment cette page :