On a volé les tours de Notre-Dame

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12/04/2014 par Thomas Fiera

Monsieur de Lamoignon, juriste du XVIIIème siècle et homme des Lumières aurait dit un jour : « Si on m’accusait d’avoir volé les tours de Notre-Dame, je commencerais par m’enfuir et je discuterais ensuite… ».

Quel joli mot et quelle belle façon d’illustrer les risques liés à une justice basée sur l’arbitraire.

Foin de tout cela aujourd’hui, me direz vous, puisque nous vivons en une République éclairée fondée sur la déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

En êtes vous si sûrs ?

Allez donc poser la question à Maurice Agnelet.

J’imagine que vous avez entendu parler de ce gars. Ancien avocat devenu l’amant de l’héritière d’un casino, laquelle héritière disparut fort opportunément après avoir fait de lui son légataire.

Je passe sur les rebondissements de cette affaire qui dure depuis trente-sept ans et qui vient – jusqu’à nouvel ordre ? – de s’achever hier par la condamnation du prévenu à vingt ans de réclusion criminelle.

Là n’est pas mon propos.

Que reproche-t-on à ce Monsieur Agnelet qui porte si mal son nom tant il semble dur, aigu, impérieux ? Que lui reproche-t-on si ce n’est d’avoir une sale gueule, d’être manifestement un sale con antipathique et manipulateur et d’avoir bénéficié de la disparition de sa maîtresse ?

Ça fait beaucoup me direz vous ?

Beaucoup d’éléments à charge. Beaucoup d’intuitions. Beaucoup de fils qui tissent un épais faisceau de présomption.

Mais pas la queue d’une preuve.

Pas de corps.

Pas d’armes.
Pas de témoins.

Pour ce que j’en sais, la victime est à l’heure qu’il est en train de danser la rumba à Rio.

Alors oui je comprends la vindicte d’une famille dont les membres attendent depuis trente-sept ans de savoir ce qu’est devenue leur fille ou leur sœur.

Oui, je comprends l’acharnement des flics et des magistrats, sans doute de bonne foi, qui en ont marre de voir des coupables cyniques leur glisser entre les doigts.

Je suis même prêt à essayer de comprendre les journalistes à qui Agnelet offre un fait divers bien sordide servi par sa belle gueule de Patricien déshonoré.

Tous ces hommes et toutes ces femmes ne sont que des humains, faillibles, sensibles et dont l’entendement est limité par la force de leurs passions et de leurs opinions.

Mais de la Justice de la République, j’attendais mieux.

Etre un sale con morgueux, méprisant et cynique ne constitue pas un crime ou alors il faut mettre en prison la moitié des politiciens, les trois quart des avocats et la totalité de traders et des financiers.

Maurice Agnelet a une belle tête de coupable, mais cela ne fait pas de lui un coupable.

Le doute, car doute il y a et l’intime conviction des magistrats et des jurés ne change rien à l’affaire, le doute, donc, devrait toujours bénéficier à l’accusé. Même s’il est antipathique.

Que doit on penser d’une République qui condamne un homme à finir sa vie en prison à cause d’un crime sans cadavre, sans arme et sans lieu du crime ?

Décidément, Lamoignon n’a pas pris une ride !

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5 réflexions sur “On a volé les tours de Notre-Dame

  1. Ben t’as raison…

  2. Eh ! tout va bien ? T’es en train de signer des contrats ou quoi ? 🙂

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