Indigné, c’est pas un métier

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06/08/2014 par Thomas Fiera

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais depuis quelques temps nous assistons à un véritable festival d’indignation, un vrai foutoir, une foire d’empoigne hystérique pour savoir qui aura la palme de la vertu et du cœur qui saigne.

« C’est moi ! C’est moi le plus indigné ! Regardez comme je postillonne !
– Non c’est moi ! Regardez mes larmes de sang.
– Pousse-toi connard ! C’est moi ! Seulement moi ! Je suis le champion du monde de l’indignation ! Je suis tellement indigné que j’en chie des briques et avec ces briques je construis un mur et sur ce mur je dessine le tag définitif, le slogan absolu, le cri de haine pure qui me vrille les tripes : caca boudin !
– Allez tous sucer des scoubidous en enfer ! Je suis le seul, l’unique et le véritable indigné ! Je dégouline d’indignation universelle par tous les orifices de mon corps et je brûle tellement du désir de voir la justice et la paix établies en ce monde que je suis prêt à dézinguer tous les enfants de salauds qui ne sont pas d’accord avec moi ! Je vous aime tellement que je vous hais ! »

Bon. Vous avez compris le topo ?
Faut être indigné.
Il faut même essayer d’avoir le monopole de l’indignation. Sinon ça vaut pas.
Le must, c’est d’être indigné de l’indignation des autres.
Un genre d’indignation au carré.
Ça c’est le combo assuré : vous triplez votre score et passez au niveau suivant.
Le petit problème, voyez-vous, c’est que toute cette noble et vertueuse indignation a autant d’effet qu’une peau de zob sur une jambe de bois.
Vous pensez vraiment qu’un poème sur les enfants de Gaza publié sur une page Facebook va arrêter les obus de Tsahal de transformer ces mêmes enfants en amas sanguinolent ?
Vous pensez vraiment qu’une manif de trois pelés sur les trottoirs parisiens va empêcher le Hamas d’être un ramassis d’abrutis fanatiques ?
Vous pensez vraiment que la haine, la simplification, la propagande de bas étage, la désinformation, l’amalgame, le racisme déguisé va contribuer de façon positive à la résolution du conflit israélo-palestinien ? De la guerre en Ukraine ? Des massacres en Syrie, Irak, Lybie,… ? De la répression brutale au Brésil, en Chine, au Vénézuéla ?

indigné
Mais putain de bordel de Dieu vous n’êtes pas fatigués d’être cons ?
Vous n’êtes pas fatigués de vos indignations successives et inutiles ?
Vous n’êtes pas fatigués de simplement réagir au lieu d’agir ? De simplement vous émouvoir au lieu de penser ?
Vous n’êtes pas fatigués de vous contempler dans le miroir de votre ego et de vous régaler du spectacle de votre pieuse gesticulation ?
Il y a trente ans, quand surgissait un problème, on réunissait quarante chanteurs dans la loose -un band aid ça s’appelait – on torchait vite fait un tube à la mords moi le schprountz qui faisait larmoyer la ménagère de plus de cinquante ans et on polluait le top cinquante jusqu’à ce que le problème soit oublié.
Aujourd’hui plus de chanson mais de l’indignation à gogo…
Résultat : dans un cas comme dans l’autre, peau de balle.
On s’indigne, on serre ses petits poings, on postillonne, on vitupère, on voue aux Gémonies, on fait caca partout… Ça ne sert à rien mais ce n’est pas grave, le principal c’est de faire du bruit, d’avoir la bonne posture, la bonne photo sur Facebook, le bon mot sur Twitter et de se donner bonne conscience avant de se rasseoir et de reprendre du poulet.
Alors bien sûr, il y a quand même une victime collatérale à tout ça : l’intelligence.
Car quand face à ce déferlement d’indignation vous essayez d’opposer un peu de raison, de raisonnement, de sens critique alors jaillit l’anathème ultime, l’insulte supposée vous clouer sur place et vous réduire en un petit tas de gelée tremblotante : espèce de tiède !
Voilà.
Si vous essayez de penser, vous êtes tiède.
Si vous refusez de vous laisser emprisonner dans la rhétorique douteuse de l’un ou l’autre camp, vous êtes tiède.
Si vous refusez de haïr, d’avoir des ennemis, d’avoir un parti, vous êtes tiède.
Et bien chers amis, j’invite tous ceux et celles qui estiment que l’intelligence et la raison sont des signes de tiédeur à aller se faire ramoner le conduit debout, à sec et avec du gravier.
C’est assez tiède pour vous ?
Je rajoute un peu d’eau chaude ?
Non ? Vraiment ?
Bref.
Indignez-vous, avait écrit Stéphane Hessel. Il a été suivi au pied de la lettre.
Je préfère pour ma part cette double injonction : pensez et agissez !
Et toc !

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6 réflexions sur “Indigné, c’est pas un métier

  1. hyba75 dit :

    Tout est dit !

  2. Anna S. Kedi dit :

    Mais alors tout est vraiment dit!!!

  3. […] via Indigné, c’est pas un métier. […]

  4. unkilljoyed dit :

    A reblogué ceci sur Diet City Punch(lines)et a ajouté:
    Et toc !

  5. Ad K dit :

    Je veux pas faire mon con *je vous conseille d’ailleurs vivement de ne pas lire ce commentaire* mais être indigné par l’indignation c’est pas un peu… Comment dire sans être vexant… l’hôpital qui tire sur l’ambulance à bout portant? Avec tout le respect que je vous dois.
    Hs: vous avez des métaphores de malades.

    les gens du Hamas z des métaphores de malade.
    Autre Hs: c’est un peu raciste aussi de traiter les talibans de connards fanatiques.

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