L’HOMME ORANGE

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05/09/2014 par Thomas Fiera

Détendez-vous, ouvrez votre esprit et essayez d’imaginer ce qui suit…

Vous avez été journaliste, un jour, il y a longtemps, avant cette longue succession de jours que vous ne parvenez plus à compter…

Vous n’êtes plus désormais qu’une boule de peur. Une peur rampante, abjecte, permanente. Une peur aussi présente en vous qu’une rage de dent qui se contente parfois de vous titiller l’âme et qui soudain s’enflamme, s’emballe et vous submerge pour vous laisser, pantelant et baignant dans vos larmes, votre morve, votre pisse.

Et derrière cette terreur, comme une basse continue, têtue, obstinée : l’espoir.

Car vous êtes vivant.

Une conscience, refuse, rejette de toutes ses forces l’idée même de la mort. Elle se cabre, regimbe. Il lui est impossible de s’imaginer morte puisque cette mort est justement la négation de la conscience. Une seconde avant notre mort nous sommes encore en vie, comme disait la chanson, et dans cette seconde, cette micro seconde réside tout l’espoir du monde. Contre toute raison et même contre tout espoir.

L’espoir n’a pas besoin d’espoir.

Il a juste besoin d’une seconde de vie.

Et donc vous espérez.

Vous espérez même quand on vous tire de votre cellule, qu’on vous affuble d’une belle combinaison orange, si vive, si joyeuse et que l’on vous traîne devant une caméra. On vous agenouille de force, on vous entrave les bras et debout, tout contre vous, se tient un homme qui vous semble immense. De noir vêtu, masqué comme un ninja, il tient un couteau.

Vous sentez sa jambe contre votre épaule, le sable sous vos genoux, l’odeur des pierres chauffées au soleil. Un peu de vent passe sur votre joue. Chaque sensation est unique, claire, immédiate, totalement et définitivement concrète. Vous êtes vivant.

Vivant.

VIVANT.

Et dans votre esprit une petite souris affolée court en tous sens, se heurtant aux milles choses belles ou douloureuses qui l’encombrent.

Mais le vent caresse votre joue et vos narines sont pleines de l’odeur écœurante de l’acier fraichement graissé, l’odeur du couteau.

Vous êtes vivant. Ici, maintenant, toujours, partout.

Votre conscience englobe l’univers entier et en même temps est concentré dans ce minuscule caillou que vous sentez sous votre genou.

Ce n’est pas possible. C’est une mise en scène

Ce n’est pas…

 folley

Et voilà.

La souris est partie on ne sait où.

Vous et moi ne le saurons qu’à notre heure dernière. S’il y a quelque chose à savoir et si il reste quelque chose en état de savoir.

Mais en attendant la silhouette orange est allongée sur le sol et une tache rouge s’élargit sous son corps.

Et il y a chez nous, un homme qui parvient à faire des blagues sur cette silhouette orange.

Un certain Dieudonné.

Ce monsieur est à ce point égaré dans le labyrinthe de sa pathologie mentale qu’il est désormais inapte à toute forme d’empathie et donc de compassion. Il erre, solitaire, dans les couloirs de sa folie, des couloirs tapissés de miroirs qui lui renvoient à l’infini l’image de la lippe gourmande qui est la sienne quand il profère des insanités.

Car il savoure sa propre parole, la déguste avec des mines affectées de gros bébé boulimique et ambigu. Il en jouit presque, tant chez lui la parole n’est plus qu’un exercice d’autoérotisme niant tout ce qui n’est pas lui.

Dieudonné se moque comme d’une guigne des juifs, des musulmans, des esclaves et des êtres humains en général. Il se moque des animaux, des plantes et des cailloux.

Il se moque des livres, de la beauté et des idées.

Il se moque de tout.

Hormis de lui-même.

De sa précieuse petit personne boudinée, de ses mignons petits gestes maniérés, de ses jolies petites mimiques si savamment étudiées et si pesamment et laborieusement « comiques ».

Pauvre cabot pathétique et masturbatoire.

Je pourrais jouer la grande âme et faire  semblant de le plaindre, je pourrais l’excuser en invoquant la folie, je pourrais l’injurier, l’invectiver, le provoquer.

Je pourrais le mépriser.

Mais je choisir désormais de l’éviter.

C’est la seule chose à faire avec un étron.

Et toc !

 

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2 réflexions sur “L’HOMME ORANGE

  1. Texte admirable. Bravo ! Belle leçon d’empathie et de littérature.

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