ANTITHÈSE (extrait)

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20/03/2015 par Thomas Fiera

J’étais entré dans les bâtiments de l’Université de Paris XV en m’attendant à vivre une expérience proustienne où le hall d’accueil recouvert d’affiches crasseuses et de slogans vengeurs jouerait le rôle de la Madeleine du petit Marcel. Cruelle déconvenue ! En lieu et place de la cour des miracles tapissée d’un palimpseste de tracts révolutionnaires et hantée par des chevelus hagards et des passionarias renfrognées, je trouvai un vaste espace froid et impersonnel où papotaient par petits groupes, des jeunes gens désespérément proprets qui semblaient bien incapables d’honorer dignement les étudiantes sexy qui les accompagnaient.

J’avais le souvenir d’une fac pouilleuse, crasseuse, bigarrée et aussi joyeusement foutraque que l’armée Républicaine de l’An II et je trouvai à sa place une basse-cour aseptisée où de gentils petits poulets des classes moyennes tentaient de mimer les grandes écoles qu’ils n’avaient pas les moyens de se payer. On les sentait aussi disposés à faire la Révolution et à changer le monde que je pouvais l’être à me farcir les œuvres complètes de Marguerite Duras.

On ne peut pas être et avoir été.

Chierie !

Je m’approchai d’un des groupes qui pérorait savamment à propos des antagonismes entre Peirce et Saussure, preuve qu’il y avait quand même des choses qui ne changeaient pas. Coupant la parole d’un geste impérieux à un gommeux à tronche de dromadaire, je demandai le chemin du département de linguistique.

–        Ne vous gênez pas, blatéra l’apprenti camélidé. Vous ne voyez pas qu’on discute ?

–        Et toi tête de fion ? Tu vois pas que je peux t’en coller une, un bras attaché dans le dos ?

Je vous accorde qu’en la circonstance, je n’avais pas totalement laissé libre court à mon exquise urbanité et que la rugosité de mes propos pouvait semblait excessive eu égard à la situation. Mais la froideur clinique des lieux, l’atteinte portée à mes souvenirs de jeunesse et la stupide arrogance étalée sur la face de pet de mon interlocuteur se liguèrent pour me conduire à ce léger manquement aux bonnes manières.

–        Moi je peux vous y conduire, me proposa gaiement une ravissante petit rousse à l’air dégourdi qui portait une jupe si courte qu’elle aurait pu lui servir de bandana.

–        J’ai adoré la façon dont vous lui avez fermé son claque-merde à ce connard, reprit-elle. Je peux pas le sacquer. Je m’appelle Héloïse. Et vous ?

Elle me faisait marrer cette gamine. Autant le merdeux camélidé sentait son petit bourge fin de race à quinze bornes autant la môme Héloïse respirait la gouaille populaire, indémodable depuis Arletty.

Elvgren8

–        Je m’appelle Thomas. Thomas Fiera.

–        Z’avez pas une dégaine de linguiste, si je peux me permettre, rigola ma guide.

–        Et j’ai une dégaine de quoi ?

Elle s’arrêta en plein milieu du couloir que nous suivions et se mit à me regarder avec un sérieux et une concentration qui la fit ressembler à une petite fille studieuse. Elle semblait perplexe.

–        Pas facile à dire en fait. Z’avez la dégaine d’un mec pas commode, voire dangereux. Plutôt pas mal pour un vieux, mais dans le genre compliqué de la tête. Vous êtes baraqué mais avec des mains de gonzesse. Vous devez être un genre d’intello baroudeur qui se la pète un peu ; drôle mais triste ; chiant mais intéressant. Un écrivain ?

J’éclatai de rire.

–        Vous feriez fortune dans le music-hall ou la psychanalyse. Ce qui revient au même…

–        Je suis comportementaliste. Je voudrais bosser dans la police. Être profiler, ce genre de truc.

Elle était adorablement sérieuse et semblait quêter un genre d’assentiment de ma part.

–        Dans l’ensemble c’est assez bien vu. Mais je ne suis pas écrivain. Enfin pas vraiment. Pour le reste, je suis plutôt d’accord.

–        Et vous faites quoi alors ?

–        Je suis un étrangleur de jeunes filles, lui répondis-je d’une voix d’outre-tombe.

Elle haussa les épaules en ricanant.

–        Etrangleur ? Avec vos mains de chochotte ? Pfff… Vous n’étrangleriez pas un poussin anémique.

–        Ok, ok. Je renonce. Vous êtes trop forte pour moi. Je suis enquêteur privé. Intelligence économique.

Elle se mit à sauter sur place, comme une gamine surexcitée.

–        Putain ! J’y crois pas ! Un privé ! Un privé ! Super ! Vous êtes là pour une enquête ? Vous pouvez me prendre en stage ? Vous avez déjà tué des gens ?

–        Je réponds à quoi en premier ?

–        Le stage.

Je n’avais aucun besoin d’une stagiaire, surtout pas d’une stagiaire en âge d’être ma fille et affublée d’une jupe lui dévoilant les amygdales. Mais justement pour toutes ces raisons, je lui filai ma carte qu’elle contempla d’un air extasié.

–        Enquêteur ! C’est trop la classe.

–        En réalité c’est un boulot de merde, mais je vous accorde que pour emballer les gonzesses c’est top.

–        Vous voulez dire les vieilles gonzesses, me lâcha Héloïse en rigolant.

Bien joué.

–        Non. Les très vieilles gonzesses.

Nous étions arrivés devant la porte du département de linguistique et Héloïse me tendit la main.

–        Je vous appelle pour le stage très bientôt.

–        Ok. Je verrai ce que je peux faire.

Et elle me planta là, s’éloignant d’un pas élastique et m’offrant sans rechigner le spectacle souplement mécanique et rigoureusement ondulatoire de son incomparable petit cul. Encore tout ébaubi de ce rafraichissant intermède fessier, je poussai la porte du bureau et fut cueilli par un hurlement qui me cloua sur place.

(Ça vous a plu ? Vous voulez connaître la suite ? Alors c’est là : http://www.numilog.com/612869/Antithese.ebook)

couverture antithèse

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4 réflexions sur “ANTITHÈSE (extrait)

  1. Très drôle et bien troussé. Compliments, camarade !
    Nota bene molto : L’emmerdeur patenté et néanmoins confrère te signale, sévèrement mais avec rectitude, 3 fautiches de ta part (ceci pour t’ayudar) :
    1. » La rugosité de mes propos pouvait semblait (sic)…  »
    2.  » Une ravissante petit (sic) rousse…  »
    3. « Je poussai la porte du bureau et fut (sic) cueilli… »
    A par ça, tout baigne ! Et vivement la suite !

    • Thomas Fiera dit :

      Merci pour les compliments ET pour les corrections ! Pan sur le bec comme dit le canard enchainé !!!!

  2. Mea culpa. Le contrôleur des fautes a fauté, lui aussi. A part ça, tout baigne, et non pas  » A par ça (sic et toc!) « .

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