Un record d’audience…

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12/06/2018 par Thomas Fiera

Je vous ai déjà causé de mon Watson à moi, ce scribouillard un peu bizarre qui s’est mis en tête de raconter mes enquêtes sous forme de polars ?

Oui. Je vous en ai causé.

Mais vous avez dû l’oublier. C’est l’effet que produit ce pauvre gars en général : on l’oublie. Sa mère l’oubliait dans les gares, les grands magasins et le club Mickey ; les femmes l’oublient, son éditeur l’oublie et ses lecteurs oublient même de l’oublier, ce qui consiste en général à ne même pas acheter ses livres qu’il écrit pourtant avec un soin tout particulier.

Bref.

Aussi, quelle ne fut pas sa surprise quand il a été invité l’autre soir à participer à l’émission « on s’est pas touchés », un genre de talc-chaud  où il y a plus de chaud que de talc et dont le succès tient moins à la qualité des échanges qu’à la quantité de sang projeté sur les murs.

Le sang des invités, je précise.

Le taulier est un genre de jésuite hilare qui passe son temps à rire de ses propres blagues et à jouer le bon flic tandis que ses deux chroniqueurs passent à tabac les malheureux qui, entre deux coups de bottin ou de cendrier dans les gencives, tentent de faire la promo de leur bouquin, de leur film ou de leur dernier album.

C’est un peu comme un rodéo : vous savez que vous allez finir par vous faire démonter par la bête qui vous piétinera joyeusement les génitoires et vous utilisera comme serpillère pour nettoyer l’arène, mais si vous avez tenu plus longtemps que les autres, vous aurez droit à des obsèques de premières classe et un panier garni.

Les deux tortionnaires qui officient dans cette émission sont des scripteurs à tendances perverses qu’on laisse quitter leur cellule une fois par semaine afin de purger leurs pulsions sadiques : ça coûte moins cher qu’un traitement traditionnel et ça fait de l’audience.

Il s’agit d’un mec et d’une nana mais on comprend tout de suite en les regardant que ce n’est pas un couple et qu’il y  moins de chance de les voir se lancer dans un coït endiablé que d’assister à une reformation des Beatles. Personne ne s’en plaint, remarquez bien.

La nana a un look de lama outragé, un visage tout en longueur et les plis d’amertume qui encadrent sa bouche plus pincé qu’un cul de bonne sœur, pourraient servir de vigiles à l’entrée d’un boite de nuit. Le mec, quant à lui, évoque irrésistiblement un carlin contrarié par un reflux œsophagien ou une crise d’hémorroïdes.

Ils ont écrit des bouquins, semble-t-il, peut-être bons ou pas… On s’en cogne en fait… parce qu’ils sont juste là pour vomir leur bile, essuyer leurs semelles et taper à bras raccourcis sur les invités que des producteurs sans pitié ou des éditeurs sans âmes ont forcés à venir subir une séance sado-maso en guise de promotion. « Fais toi démonter la gueule, coco, c’est bon pour les ventes même si c’est mauvais pour ton ego. ».

Christine Angiome et Jean Mou, c’est leurs blazes. Ça ne s’invente pas !

Un duo d’enfer

Bref, mon Watson à moi, ce pauvre Ferrero, plus fragile qu’un bulot sorti de sa coquille et presque aussi appétissant, était tout excité à l’idée de passer à la télé, y voyant une chance de sortir de sa triste condition d’auteur inconnu et de booster une courbe des ventes plus plates que l’électroencéphalogramme d’un téléspectateur moyen.

J’ai essayé de le mettre en garde, de le dissuader, de le menacer même : rien n’y a fait. Il allait devenir une star, moucher les deux affreux avec des réparties ciselées et mordantes et asseoir sa réputation d’écrivain plein de style et de panache.

Pauvre Watson !

Naturellement, il s’est fait démonter la tête plus proprement que feu le citoyen Capet.

A peine était-il assis dans l’inconfortable petit fauteuil où il était difficilement parvenu à caser sa grande carcasse qu’il s’est pris une terrible salve d’artillerie. Pour une fois, le gentil flic n’est même pas intervenu et a laissé le looser de service se faire transformer en steak tartare.

Mou a ouvert le bal et sa gueule crapaudine par la même occasion. Parler semblait lui faire mal et il grimaçait comme si chaque mot proféré lui brûlait les gencives.

– Pas lu votre livre… enfin livre… ce truc-là… ce machin… une injure à l’intelligence… votre prose est à la littérature ce que le toucher rectal est à l’érotisme… vous mériteriez qu’on vous coupe un bras pour vous taper sur la tête…

Mon pauvre Watson était blême, bafouillant, s’efforçant malgré tout de sourire pour faire bonne figure tandis que l’autre roquet lui vomissait en pleine face ses acidités gastriques et littéraires.

Puis Angiome a pris le relai. Elle l’a regardé fixement et quand elle a fini par desserrer les lèvres, je m’attendais presque à en voir sortir une longue langue bifide ou une paire de cafards.

– Mort. Vous êtes mort. Vous incarnez Thanatos. Thanatos mort d’ennui. Votre plan B dans la vie c’est la mort. Allez au bout de votre projet…

Assister à ce carnage était tout à fait insupportable. Aussi insupportable que de regarder un enfant se faire maltraiter ou un koala se faire crever les yeux. Et je ne pouvais même pas éteindre la télé puisque j’étais dans le public, Watson m’ayant supplié de l’accompagner… Pour lui porter chance, m’avait-il dit…

Tu parles d’une chance…

Alors je me suis levé. Et j’ai traversé le plateau.

Les deux vigiles baraqués qui se sont précipités vers moi, ont eu le bonheur de tester les progrès que, grâce à mon amie Adélaïde, j’ai accompli dans le domaine du Krav Maga, cet art martial inventé par les experts du Mossad et qui consiste à transformer ses contemporains en croquettes pour chien et ce avec un minimum d’effort et un maximum d’effet.

Ce problème réglé, j’ai attrapé les têtes des deux chroniqueurs et les ai violemment choquées l’une contre l’autre, produisant un bruit évoquant autant le bowling que la récolte des pastèques. Je les ai laissés dégouliner mollement sur le sol et tandis que le public s’éparpillait en poussant des cris d’orfraies, j’ai réussi à chopper au colbac le présentateur vedette qui tentait de s’esbigner en douce.

– Ne me faites pas de mal, a-t-il couiné.

– Pourquoi faites-vous ça ? lui ai-je demandé, ne m’attirant comme réponse qu’un air hagard et affolé.

– Lâchez-moi !

Je fis ce qu’il demandait et lui collai une torgnole qui dut lui décoller la moitié de la cervelle et l’envoya valser dans le décor.

Puis prenant mon Watson par la main, nous avons quitté ce bordel et sommes rentrés chez moi pour vider une bouteille de Laiphroag.

 

Ce vieux geek de Fred m’a affirmé que ma prestation avait déjà obtenu trois millions de vues sur Youtube et que les producteurs de la chaîne me cherchaient afin de me proposer d’animer une émission.

La prochaine fois je serai moins cool. C’est ça qui me perd toujours : je suis trop gentil.

Et toc !

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7 réflexions sur “Un record d’audience…

  1. Denis dit :

    Bravo ! Ca fait du bien !!! Denis 🙂

  2. Sylvie Kowalski dit :

    Mince pile quand je dormais pas vu les 2 se faire pastéquer…..

  3. moi, je crois que la légitime défense sera facilement retenue ; voire, obtenue, la médaille pour fait héroïque d’utilité publique. Non mais ! On va pas toujours se laisser faire ! Bonne continuation dans cette entreprise salubre et vengeresse …

  4. louisebelette dit :

    Zute ! z’ai raté cette séance de gniakage mémorable !

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