MAIS OÙ SONT LES CONNARDS D’ANTAN ?

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30/12/2013 par Thomas Fiera

Tout change, tout passe, tout se déglingue.

C’est sans doute moi qui vieillis et cette dégradation que j’observe autour de moi n’est – c’est à craindre – que le reflet de ma propre déconfiture.

Mouais.

Admettons.

Mais il y a quand même des choses qui foutent le camp, des valeurs sûres qui nous lâchent, faisant vaciller l’édifice, déjà ô combien fragile, de nos certitudes : Sean Connery ne sera jamais plus jamais James Bond, les nounours en chocolat fourrés à la guimauve ont désormais un goût d’antibiotique et Kodak a cessé de faire clic clac même quand on lui dit merci.

Alors on a beau savoir que tempus fugit, ça fout quand même un sacré coup au moral.

Ce qui m’achève, c’est que la connerie elle-même, cet axe de l’humanité, ce pivot apparemment inébranlable de l’histoire, cet alpha et oméga de la nature humaine n’est plus ce qu’elle était.

Naguère, le con était aussi farouche qu’une biche, aussi timide qu’une anémone. Il rasait les murs, les mottes et les pâquerettes. Il se faisait petit, humble, discret. Une vraie violette cachée dans un nid de mousse.

Bien sûr il osait déjà tout, comme le disait si finement Audiard, puisque c’est à ça qu’on le reconnaît. La poule caquète, le chameau blatère, le renard glapit et le con ose tout. C’est dans sa nature.

Mais il osait tout avec tact, avec une espèce de retenue insupportablement ostentatoire qui trahissait la conscience fondamentale qu’il avait de son état.

Le con se savait con et n’en était pas fier !

Conito ergo sum en somme !

Mais aujourd’hui !

Aujourd’hui !

Le con s’assume !

Le con se pavane !

Le con la ramène !

Le con s’expose !

Il s’étale. Se répand. Fanfaronne. Frime. Roule des mécaniques.

Il parle. Pérore. Ecrit. Blogotise ! Twiteronne ! Facebouquite !

Bref, il est fier d’être con et s’emploie à retapisser l’univers avec le papier peint de sa connerie.

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Tel un exhibitionniste mental, il se débraguette le cortex pour exposer tout son attirail où une absence de doute triomphante trône sur la paire maudite : préjugé et intolérance.

Il se trouve beau le cuistre, il se trouve intéressant, une main sur la hanche, un sourire avantageux lui balayant la face, il se dandine sur l’estrade en nous collant sous le pif son insupportable service trois pièces. Il pose, il minaude, il se pense être la huitième merveille du monde et prend son saint-frusquin pour le Saint-Sacrement.

Il ne se cache plus le con !

Loin de là : il se surexpose !

Le moindre petit étron laborieusement produit par le sphincter neurologique qu’il prend pour un cerveau lui semble être un diamant de l’eau la plus pure. Un chef d’œuvre ! Une perle !

Mais tout cela ne serait rien si, comme naguère, le con vaticinait en solitaire, errant, un peu paumé sur la lande désertique de l’esprit.

C’est qu’aujourd’hui le con réseaute ! Il socialise ! Se fédère ! Se groupe ! J’aime dit le con à d’autres cons en brandissant son gros pouce ! Veux tu être mon ami dit le con à d’autres cons qui opinent de leurs lourds bonnets plein de sombres sottises.

Cent quarante signes ? Mais c’est trois fois trop pour exprimer l’ampleur de leurs points de vue sur le monde ! Détenteur des vérités dernières, avant-dernières et antépénultièmes le con n’a besoin que d’une phrase pour démolir Platon, Baudelaire, Beethoven, Marx ou Freud. Mieux ! Plus besoin de mot ! Un geste. Un simple geste suffit. Un bras tendu vers le sol, l’autre main posée sur l’épaule. Et on donne un nom au geste. Pour faire comique ! Ravioli ? Andouillette ? Paupiette ? Bref. Quelque chose comme ça.

Saisis soudain par le sentiment de leur puissance, les cons, fascinés, émerveillés, presque un peu effrayés, serrent les rangs, forment leurs bataillons, organisent leur armée. Ils ont leurs officiers, leurs généraux, leurs stratèges. Ils ont même leurs prophètes.

Ils se prennent à rêver de victoires. De sombres rêves de cons. Pleins de recoins bizarres et de pensées inachevées mais dangereuses. Le genre de rêves que doivent faire les ténias, les cloportes et les bacilles de la peste. Des rêves d’obscurité, de catacombes, de silence. Des rêves de non-être.

Les cons reviennent.

Les cons sont revenus.

Isolés ils me faisaient sourire.

Regroupés ils me font peur.

Cessons de croire que nous avons encore le choix.

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4 réflexions sur “MAIS OÙ SONT LES CONNARDS D’ANTAN ?

  1. Mia M dit :

    A notre époque, le con a de quoi faire pour s’exposer, une sacrée vitrine: les médias, la toile…
    Avant le con était limité dans sa mise en lumière. Maintenant la connerie peut briller de mille éclats nauséabonds.
    La question est de savoir si il y a vraiment plus de cons qu’avant? je ne sais pas. Mais en tout cas, à part de se déconnecter, à part de ne pas avoir de médias chez soi, le con est ostentatoire.

    • jbferrero dit :

      peut-être faudrait-il prévoir une loi contre les signes ostentatoires de connerie !!! Pour le coup on obligerait les têtes de con à sortir voilées !! Quel bazar !!

  2. oh! que veux-tu rajouter à ça, hein ? t’as tout dit, Thomas !Moi aussi j’ai les jetons, mais tout de même, est-ce nous qui devons nous cacher devant ce sombre tableau ? Souvent j’ai envie d’aller me terrer au fond des bois, mais il y a le con chasseur, qui aime les borgnes et les blondasses, même au fond des bois, c’est plus possible, tu te rends compte ? Faut-il se souhaiter une bonne année ? Entre nous, oui, hein, ça n’empêche pas !
    Alors MORT AUX CONS !!! ( ils rendent méchants, les cons ! )

    • jbferrero dit :

      Bonne année à toi aussi car quoi qu’ils fassent les cons ne pourront empêcher le monde d’être beau. Alors vive la vie, la beauté, l’amour, l’amitié et toute cette sorte de choses !!!!

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Faites gaffe !

Tous ces textes m'appartiennent, vu que je me suis cassé les choses à les écrire. Alors je tiens à prévenir celui qui serait tenté de les détourner sans citer ses sources ou a des fins personnelles qu'il aura la visite d'Adélaïde Renucci. Voilà. Vous êtes prévenus. Non mais !

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